Le terroir d’abord : une responsabilité face à la nature

Tout commence par le respect de la terre. Sur moins de 300 hectares, les vignerons de Chigny-les-Roses veillent sur la craie, les vers de terre, la biodiversité, et… la traçabilité de chaque déchet produit par le vignoble ou en cave. Il faut se souvenir que le champagne, dans sa lente élaboration, génère une quantité non négligeable de matières à gérer, dont :

La maison André Tixier, guidée par la charte Champagne de Vignerons (Champagne.fr), a fait du tri sélectif une habitude, mais aussi un imprégnation culturelle, y intégrant tous ses employés, saisonniers compris.

Les déchets du vignoble : recyclage, valorisation, circularité

Des sarments à la biomasse

Les sarments, vestiges de la taille hivernale, n’encombrent plus les rangs ni les feux de campagne. Depuis 2014, la quasi-totalité des sarments coupés chez André Tixier est broyée sur place. Ce broyat est ensuite utilisé :

Un hectare de vignes produit environ 1,8 à 2 tonnes de bois par an : valoriser cette ressource, c’est éviter la combustion polluante, mais aussi refermer la boucle du vivant. À l’échelle de la maison, c’est près de 8 tonnes de sarments qui sont ainsi “recyclés” chaque année.

Rafles, feuilles et déchets verts : du compost à la fertilité retrouvée

Taille, vendange, ébourgeonnage : autant d’étapes qui génèrent un tapis précieux de déchets verts. Ceux-ci sont rassemblés et expédiés vers la plateforme de compostage de la commune ou, parfois, déposés entre les rangs pour nourrir les sols. D’après la Fédération des Vignerons Indépendants de Champagne, le retour au sol permet de réduire les apports d’engrais chimiques de près de 30 % sur une décennie.

La cave sous surveillance : tri, récupération, recyclage

Le verre, premier défi

La production de champagne mobilise des bouteilles épaisses et résistantes. Cependant, le tri reste vital. Les bouteilles cassées ou écartées (défauts d’habillage, bris lors du remuage) sont systématiquement collectées. Chez André Tixier, ce sont entre 500 et 1 000 bouteilles par an qui partent dans des bennes réservées, confiées ensuite à Verallia (leader français du recyclage de verre). Le verre ainsi collecté est refondu, servant à fabriquer de nouvelles bouteilles de champagne – dont près de 70 % de la matière est désormais issue de verre recyclé en Champagne (source : Verre Avenir).

Le tri du liège, des capsules et muselets

Les cartons et emballages : la filière “carton vert”

André Tixier s’est engagée à n’utiliser pour 85 % de ses conditionnements que des cartons issus de forêts gérées durablement (label FSC), et à n’employer que des cartons mono-matériaux pour en faciliter le recyclage. Les cartons abîmés ou souillés lors des manutentions sont récupérés, triés et pris en charge par le point de collecte Suez de Rilly-la-Montagne.

Les eaux et effluents dans le secret des caves

La gestion de l’eau est l’un des chantiers les plus délicats du champagne. Une cuverie produit des effluents riches en matières organiques et en résidus de soufre (pour la désinfection). Chez André Tixier, l’eau de lavage du pressoir, des cuves, des machines à déguster, est systématiquement canalisée. Elle rejoint un bassin tampon où bactéries et phytaux dégradent les polluants, avant renvoi vers la station d’épuration communale.

Des gestes, des hommes et un dialogue avec la commune

Derrière chaque geste de tri ou de collecte, il y a la main d’un salarié, l’œil d’une saisonnière, le vélo du chef de culture. La maison André Tixier inscrit l’accompagnement humain au cœur de sa démarche :

Certains déchets trouvent même une seconde vie locale : les muselets sont récupérés par l’atelier de création artistique la Spirale pour en faire des bijoux, tandis que cartons et palettes servent parfois d’abris à hérissons ou de supports pour les marchés du village.

Vers la viticulture durable : labels, diagnostics et initiatives pionnières

La Champagne a fait de la durabilité une priorité collective. André Tixier, petite maison indépendante, a obtenu la double certification “Viticulture Durable en Champagne” (VDC) et “Haute Valeur Environnementale” (HVE) en 2021. Ces démarches obligent à un diagnostic annuel précis des flux de déchets et à la rédaction d’un plan d’action, dont les axes sont :

  1. Limiter la production de déchets à la source (choix de matières premières, réutilisation des souches)
  2. Favoriser les filières locales de traitement et de recyclage
  3. Développer l’économie circulaire à travers des projets pilotes : récupération des bouchons pour l’isolation de la salle de dégustation, cadeaux d’entreprise en fibre recyclée…

Cette dimension éco-responsable n’est pas que réglementaire ou vœu pieu : sur les 12 tonnes de déchets annuels recensés en sortie d’exploitation, plus de 95 % sont aujourd’hui valorisés, réutilisés ou recyclés (données internes, résultats d’audit 2022).

Bulles d’avenir : l’expérimentation au service du terroir

Chez André Tixier, l’avenir du recyclage se joue aussi sur le terrain de l’expérimentation. Ainsi, la maison participe à deux projets-pilotes :

Les retours sont suivis avec attention par le Syndicat Général des Vignerons et pourraient, à terme, nourrir de nouvelles normes pour l’ensemble de l’appellation Champagne.

Au fil des saisons, une évidence s’impose : le déchet, loin d’être le bout du chemin, s’inscrit dans la danse de la matière et de l’intelligence collective. Ce qui fut mousse, bois, verre ou métal revient nourrir la boucle du vivant et de la création, sous l’œil vigilant de celles et ceux qui aiment le champagne et sa terre avec la patience des jardiniers.

Sources principales : Champagne.fr, Verre Avenir, CIVC, Fédération Française du Liège, Syndicat Intercommunal d’Assainissement de la Marne.

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